Pour marquer ce jour de commémoration du Centenaire de l'Armistice,  je vous propose de lire deux lettres. Celle d'un combattant français et celle d'un combattant allemand. Elles nous étaient proposées à la lecture parmi des centaines d'autres lettres sur papier au Mémorial de Verdun lors de notre visite l'année dernière dans ce nouveau lieu dédié à la Grande Guerre. J'en avais pris deux au hazard. Les voici.

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Le nouveau Mémorial de Verdun

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Une lettre du côté français

26 juin 1916.  Mon amour. Je t'écris ces lignes, peut-être les dernières, quelques heures avant de monter à l'assaut. Il s'agit de repousser les Allemands au prix de n'importe quels sacrifices au-delà du village de Fleury, au-delà du petit bois, dit bois triangulaire, au-delà de la redoute de Thiaumont (Verdun). Ni ma main, ni mon coeur ne tremblent. Tu sais combien je t'aime. Tous les battements de mon coeur sont à toi, ma tendrement chérie, à nos petits, à l'enfant attendu. Je voudrais vivre pour vous tous, mais si je devais tomber, Dieu pourvoirait à votre bonheur.Car je veux qu'ils vivent mes enfants, pour honorer la mémoire de leur père, pour le continuer, s'il est besoin, à côté de leur petite mère dont ils sècheront les larmes à force de caresses, tous nos petits anges aimés, y compris celui que tu portes en toi, ma douce et tendre enfant.

Reçois un baiser ardent, où je fais passer toute mon âme, toute ma puissance d'aimer, de celui qui n'a jamais, auprès de sa chérie, connu que la joie de vivre. Je pars réconforté et confiant après m'être épanché dans ton âme charmante. Je te confie et je confie nos petits Jean, Pol, Bernard, celui ou celle qui naîtra demain, au Bon Dieu. Et je demande à ma mère, à mes parents, de se souvenir que si ton mari est mort pour la France, celle qui porte son nom a droit à toute la pitié ou plutôt à toute le justice, à tout l'amour des siens. Armand (France)

Une lettre du côté allemand

2 mars 1916. Je commande avec le sous-lieutenant M. notre colonne dans les conditions les plus difficiles, mais tout marche. Et Dieu soit loué cela va même bien jusqu'à maintenant. Nous avons fait une percée de 10 km dans le front français. Nous logeons la nuit dans les abris français. Depuis notre départ, les chevaux ne sont plus sortis de leurs harnais. Moi-même, je me sens bien et reposé, mes nerfs sont intacts au point que je doive souvent m'en étonner ; les choses qui ne concernent pas mon propre être véritable ne m'atteignent absolument pas. En outre, le moment est à présent venu où de temps en temps, un bon petit paquet (du chocolat Gilka, un morceau de saucisson sec et des choses de ce genre) serait plus que bienvenu.

Que va t-il ressortir de cette gigantesque affaire ? Je ne doute pas que Verdun va tomber. Si cela réussit, alors nous porterons un coup fatal à notre pauvre France ! Depuis des jours, je ne vois rien d'autre que l'horreur.

Franz Marc (Allemagne). Extrait d'une lettre à sa mère.

Bon 11 novembre à tous !